04/03/2015

totes lès régues d' ôrtografîye è walon / toutes les régles d'orthographe en wallon

1.2 Morphologie: les combinaisons de sons

  

1.2.1 L' article défini, l' article suivi d' une préposition

  §29

français wallon français wallon
le, la; l' li; l'  (lu (EW)/èl (OW); l')  au(x) au/aus/ausès*(å, â/ås, âs/asès, à lès,à l's-)* On écrit aussi: auzès, azès.
du do    (dè) (EW)  à  l' à l' (13)
de l' di l' + V à la à l' (principe analogique) 
de la dè l' (do l' (aussi : CW))(principe analogique) des dès  (di lès, du lès, d' lès, di l's-) 
(de au) dau   (då, dâ) (de à l') da l'
(de à la) da l'  (do l') (principe analogique) (de aux) daus/dausès  (dås, dâs), dausèsOn écrit aussi dauzès.
en le è       (o) en l' è l'
en la è l'    (o l') en les èsès         (osès) (aussi: èzès, ozès)
par au pau/pausès   (på (EW)) (aussi: pauzès)    

 

1.2.2 L' article indéfini

  

on (in EW))  on- (in-) + voyelle:on-ome (un homme) - f. one (ine) (EW)   'ne : (EW) divins 'ne bwète (dans une boîte)(suivant la langue parlée)

 

1.2.3 Les noms substantifs et adjectifs

  

§30 - le pluriel:

 

-s SAUF quand le mot est déjà terminé par s ou z.

 . le -x du français devient -s dans les mots correspondants en wallon:

dès tch'vaus, dès cadaus (dès chevaux, des cadeaux)

 . quand il y a une minute: nut' (nuit): nut's au pluriel . pluriel des noms propres et des noms étrangers:

dès-ajèn'das, lès lavabôs, lès Dehins, lès Defrecheux (ou Deufrècheûs?)

 . pluriel des participesavoir + participe passé toujours invariable  & être/ pas d' auxiliaire + p.p. variableDj’ a mindjî (j’ai mangé) (CW); djè lès-a mindjî (je les ai mangés /-ées); lès crokètes qui dj’ a mindjî (les croquettes que j’ai mangées)

Touwéyes pa 3 djins (tuées par trois personnes) (CW) ; èlle ont stî touwéyes èyîr (elles ont été tuées).

 . pluriel des noms composés: -s quand: ...-... ou --: dès cofe-fôrts (des coffres-forts), etc.

 

 §31 - le féminin: -e aux adjectifs et participeson tient compte des changements de prononciation entre le masculin et le féminin:

planté - plantéye, flori - florîye  (platé – plantée ; fleuri – fleurie)

  §32 - le trait d' union des noms composés:voir le français (et l' anglais où il faut constater un manque de consistance dans son usage (Zandvoort, 1977, 288)). 

 

 1.2.4 Les adjectifs et pronoms

 

 1.2.4.1 Les adjectifs possessifs

 

 §33

singulier pluriel
mi mi+V (14) (mi-ome)     (aussi: m(i)-n-ome) nosse  noste +V (noste èfant)
ti ti+V      (ti-ome) vosse voste +V (voste auto)
si si+V     (si-ome)      (aussi: s(i)-t-ome) lêu leû-z- +V (leû-z-èfant)
mès, tès, sès mès-+V  (mès-omes) nos, vos, leûs vos- +V   (vos-autos),leûs- +V   (leûs-èfants)

 

  

1.2.4.2 Les adjectifs et pronoms démonstratifs

  §34

singulier pluriel
MASC/FEM MASC/FEM 
ci  + NOM + ci/là ci pa-ci (ce papa-ci), su (so (EW)) ç' plake-là (sur cette plaque-là), ci tâbe-ci (OW) (cette table-ci) cès +NOM + ci/là  cès pas-ci (ces papas-ci)
ci-t-+V + ci/là ci-t-ome-ci (cet homme-ci),après ç't-anéye-là (après cette année-là), po ç’-t-anéye-ci (pour cette année-ci) (15) cès-+V   + ci/là cès-omes-ci (ces hommes-ci)
NB: au féminin(EW, SW (MFT))   ci feume- là (cette femme-là), cisse tièsse-là (EW) (cette tête-là), divins ç' tièsse-là (EW) (dans cette tête-là), ciste eûre-là (EW) (cette heure-là)    

 

 §35 - les adverbes ci, là; chal (EW) qui suivent le substantif peuvent être précédés du trait d' union.- (EW) wice (où) vient de 'où èst-ce’  (w' èst-ce > wèce > wice) (Feller, 1912,176)-  -ce : dans: èst-ce qui t' vins ?, comint-ce qu’i va v’nu ?, qwè-ce qui n'  va nin?, ... (est-ce que tu viens, comment va-t-il venir ?, qu’est-ce qui ne va pas ?) 

 

1.2.4.3 Les adjectifs et pronoms numéraux cardinaux

  

§36 Notamment:

 

17 dîs-sèt' (rem.16)18 dîj-ût', ou dîj-iût        (dîh-ût’ (EW))19 dîj-noûf 20 vint'21 vint'-y-onk      (vint’-èt-yun (OW))80 qwate-vint (EW),      quatrè-vint, iûtante 2000  deûs mèye (EW),          deûs mile (rem.17)2.000.000 deûs milions 

 

 

 1.2.4.4 Les adjectifs qualificatifs§37 - épithètes pluriels: one grande fleûr - dès grandès /-t-/ fleûrs                           dès rodjès fouyes (principe analogique et cf 1.1.6.)                           (une grande fleur, de grandes fleurs ; des feuilles rouges)

 

  

1.2.5 Le verbe

  

1.2.5.1 Généralités

  §38 - Infinitif :-er est conservé par analogie

   Les autres terminaisons d' infinitifs auront ou n' auront pas de -e suivant l' analogie avec le français.

 §39 - Indicatif, subjonctif, conditionnel:  . 1re personne du sg.: pas de 's': dji so (CW), dj' aveu (CW) (je suis, j’avais)

  . PL du subjonctif présent: pas de 'nt': qu' is tchantèche (EW) / tchantenuche (CW) (qu’ils chantent)

 §40 - Impératif:  . 2me personne du sg.: pas de 's': vin, beû (EW) (viens, bois) 

 

 1.3 Cas particuliers

 

 1.3.1 Les signes diacritiques

 

 1.3.1.1 La cédille

 

§41 Elle joue le même rôle qu’en français, devant a, o, u, w: ça, çoula (EW), riçûre, Françwès, linçoû (ça, cela, recevoir, François, drap de lit). 

 

1.3.1.2. Le trait d' union

 

§42 . Il marque la liaison: on-ome, dès-omes (un homme, des hommes).. Il unit des éléments qui n' existent pas isolément:

i gn-a, i n-a (EW), i d-a (OW) (il y a); dji m' a-st-ècroukî (EW) (je me suis engoué), il è-st-èvôye (il est parti) (et il èst pris) (il est pris), di-st-i (dit-il);  mindjoz- ve, qu' as-se? (mangez-vous ?, qu’as-tu ?, vou-dje (est-ce que je veux ?), vous-se (veux-tu ?), sés-se (sais-tu ?); di-d-ci (d’ici), di-d-près (de près); qui fê-djdju là? (EW) (que fais-je là ?), so-djdju si vî? (EW) (suis-je si vieux ?); il a-st-avou (EW)(il a eu) (SLLW,1913,6)

 

vo-z-è-ci saquantes (en voici quelques-uns), vo-nos-là (nous voilà); èwou-ce qui (où), èst-ce qui (est-ce que), bon-z-èt tchêr (bon et cher).

 

Donc pas dans: done mi ça, prind le, mindje lu (donne-moi ça, prends-le, mange-le).

 

(cf anglais : give me that, take it, eat it ; néerlandais : geef me dat, neem het, eet het ; allemand : gib mir das, nimm das, iss das)  

 

- Mi-åme (EW); ti-éye (ard. = ton aile) (EW) (mon âme, ton aile) (SLLW,1913,6) (cf 1.2.4.2.)

   

1.3.1.3 L' élision / l’apostrophe

 §43 L’apostrophe n’apparaît que quand la lettre élidée n’est pas ‘e’ (Wallo+, p.14)

. L’élision est marquée par l' apostrophe:

avou 'ne si drole di feume (EW), po l' pâpe, nos v'nans, la s'min.ne - ène

sumin.ne (SW)(avec une femme aussi drôle, pour le pape, nous venons, la semaine – une semaine).

. On ne met pas d' apostrophe dans spine, malgré one supine (SW), le u étant une voyelle épenthétique (épine, une épine).

. L’élision à l’intérieur d’un mot n’est pas suivie d’ un espace vide: nos v’nans (nous venons).

 Pour des raisons de clarté, l’élision en fin de mot devrait en principe être suivie d’un espace vide: tot d’ on côp, dj’ î va, l’ èfant (tout à coup, j’y vais, l’enfant).

 

1.3.1.4 La ‘minute

 §44 La minute ( ‘ ) est utilisée lorsque le wallon fait entendre une consonne finale dont l’équivalente est muette en français.  On fait suivre cette consonne d’une apostrophe (ou plus précisément d’une minute): en EW : il èsteût prèt’, i fêt neûre nut’, alôrs’, fris’, mat’, i mèt’, arès’, il èstîn’ (il était prêt, la nuit est toute noire, alors, frais, mat, il met, arrêt, ils étaient). (SLLW,1913,6) (18)

Il faut donc bien noter la différence théorique d' emploi entre l' apostrophe (élision) et la minute (pour signaler la prononciation de la consonne qui la précède), bien que la dactylographie les confonde.    

  

1.3.1.5 Accents                         

 §45 L’accentuation sert à marquer l’allongement des voyelles: â, ê, î, û; aî, oû.

Suivant Feller, on peut supprimer les accents parasites dans les mots apparentés au français: a, la, dèdja (à, là, déjà). Cependant, cela peut engendrer une confusion entre a (à) et a (dj’a) , la (là) et la (article).  Il semble que à, là, dès lors dèdjà seraient plus appropriés.

 Les majuscules sont écrites avec les accents : Ârdène, Éjipe, Èmanuwèl, Î-la-Hèsse (Isle-la-Hesse (SW), Ôstèr (lieu-dit à Bastogne) (SW), Ûjin .ne (Eugénie) (SW) (ce qui est possible avec l’informatique).  

 

1.3.1.6 Le point

 §46 La ponctuation est semblable à celle du français.

Néanmoins, le point a un usage particulier en wallon.  On l’insère entre le digramme d’une voyelle nasale (an, in, on, un) et la nasale ‘n’, ‘m’ suivante.  (cf consonnes nasales)

   

1.4 Les mots étrangers

  

§47 Il faut en distinguer 3 types

1) les mots 'bâtards', mots étrangers wallonisés (prononcés à la wallonne) : leur forme écrite est entièrement wallonisée: règras (pour l' anglais ray-grass), on coboy (cowboy);

2) les cas de transition: hockey ou “hokè” ;

3) les mots étrangers conservant l' orthographe d' origine: on tackling (t. de football).

  Le néerlandais, l’anglais, l’allemand et le français ont aussi des difficultés pour préférer un de ces 3 types.  Tantôt, l’un est choisi, tantôt l’autre.

 

1.5.  Conclusion

  

§49 De premier abord, on pourrait évidemment croire que le système dit Feller est difficile.  C’est sans compter sur les années qu’il a fallu passer pour assimiler les difficultés de l’orthographe française.  Suivant mon expérience personnelle en tant qu’élève du cours de wallon à l’école primaire et dans le secondaire, l’orthographe wallonne peut être assimilée beaucoup plus rapidement que l’orthographe française.  Une élève de première primaire qui assistait à un cours donné par Roger Viroux au Centre culturel de Fosse-la-Ville, du nom de Maryse Lechien, avait même progressé plus vite dans l’apprentissage de l’écriture par le truchement du wallon.  La prise de notes est aussi plus rapide en wallon lors d’une conversation téléphonique, ...

  

§50 Il suffit de comparer l’orthographe wallonne avec son homologue français pour s’apercevoir que la première est plus aisée: les consonnes doubles prononcées une fois sont simples en wallon (one bèle feume - une belle femme); le participe passé reste invariable quand il est précédé du verbe avoir: nos lès-avans acheté èyîr (nous les avons achetés hier); etc.

§51 Cependant, l’orthographe Feller n’est pas trop éloignée de l’orthographe française pour permettre aux élèves de pouvoir un jour apprendre à écrire plus facilement le wallon, la langue qui constitue leur identité culturelle.   D’autre part, il a laissé la voie libre à des simplifications qui ne pourront être pleinement pratiques que le jour où quasiment tous les jeunes Wallons pourront écrire dans notre langue.

 

 

Remarques

 

(1) cf aussi: FELLER, 1912, 80: “Les grammairiens français du moyen âge, en écrivant vingt et doigt, ont introduit un g qui était mort ou transformé en y depuis dix siècles et plus!” ‘Pourtant, ils n’ont pas pensé à introduire ce même g, dans froid, de frigidum’, etc.  “Notre système à nous est de suivre l’analogie du français partout où c’est plausible, de ne pas la suivre dans ses verrues et ses polypes. “

(2) C’est le cas du créole à Haïti: ‘Le créole a acquis le statut de langue officielle mais la transcription phonologique de cette langue, qui naît sous nos yeux, l’éloigne fort du français.’ (...) “Pompilus prônait une ‘orthographe intermédiaire’ entre les transcriptions étymologique et phonétique”. (in: J. Barros, Haïti, de 1804 à nos jours, TII, Paris, éd. L’Harmattan, 1984, p.589)

(3) FELLER, 1912, 80: “Nous avons supprimé l’ s que le français a introduite à la première personne du singulier dans toute la conjugaison, écrivant dji vou à cause de volo, dji so à cause de sum, dji vin (venio), dji prind (prendo), dji voleû (volebam), dj’ èsteû (stabam)”

(4) Certains l’écrivent ‘ö’.

Mais ‘au’ est admis dans pauve, aute, ..., qui ont cette graphie en français, si on prononce /o/.

(5) Certains écrivains et enseignants utilisent le ‘ô’ (tch’vô, r’nô(d)).

(6) Certains écrivent aussi: I ‘nnèva (du verbe ènn’ aler (ou ènnaler) car ‘è(nn)’ est sémantiquement lié au verbe qui le suit.  On dit aussi: il è va (ou pour certains: il èva).

(7) Suivant les auteurs de Wallo+, le son /j/ s’écrit ‘y’ en début de mot: yeû, yèbe, yute, ... (p.14)  Ceci ne semble pas cohérent avec la règle suivante où l’on écrit -i dans ‘piède’, ‘via’, ... entre une consonne et une voyelle.  Un poids, deux mesures ...

(8) On trouve dans le “Dictionnaire de l’Ouest-Wallon”: yeu, yeûs’, yun, … mais: bia, bièsse, bieu, … ; bien sûr, le ‘y-‘ s’impose dans les mots: ‘yin, yink’ (un en OW).

(9) Ce n’est pas toujours très systématique: ainsi, on trouve aussi ‘élèctrike’ avec ‘k’ seulement en fin de mot à côté de ‘docteûr, ocâsion, …’.

 (10) Les professeurs Louis Remacle (ULG) et Michel Francard (UCL) utilisent déjà 'k' partout suivant le principe phonématique: l' ome ki vint, Ké novèle?Or, des expériences ont montré que, lorsqu’on lit, les mots sont identifiés plus ou moins vite selon l’endroit où se pose le regard.  “Ceux-ci sont généralement reconnus très rapidement lorsque l’oeil se pose un tout petit peu à gauche du milieu du mot.  S’il tombe à un autre endroit dans le mot, le temps de reconnaissance augmente de façon énorme et cela ralentit beaucoup la lecture.  Il existe donc une position optimale du regard dans les mots et si cette position ne se trouve pas juste au milieu du mot, c’est parce que généralement l’information est surtout contenue dans le début des mots.

(DOMINIQUE,1992)

(11) La commission de l' uniformisation du wallon préconise déjà 'z' dans tous les cas où l’on prononce /z/: vizite, Moûze, dji cauze, nos cauzans, nos djåzans. (cf Wallo +)

D’autres préfèrent ‘gozète’ à ‘gosète’ car ce mot est typiquement wallon; donc, ils écrivent: visite, Moûse, dji cause,...

(12) Cependant, certains veulent éviter les confusions entre ‘pwès’ (poids) et ‘pwès’ (pois) en écrivant légitimement suivant l’étymologie et le français: ‘pwèds’ (poids) et ‘pwès’ (pois); de même, ‘dwègt’ est préféré à ‘dwèt’ pour éviter une confusion avec ‘(I) dwèt’, ‘timps’ à ‘timp’ (et à l’orthographe ‘tins’).

Dans le cas de ‘conte’ pour ‘compte’ et ‘comte’ en français, on utilisera de préférence compte (pour ‘compte’ en français) et comte (pour le français ‘comte’).

(13) On trouve aussi les formes ‘al; dèl, dol, dul, ...’ mais pour des raisons analogiques, on devrait alors aussi trouver: ‘pol, dinsl, sul, avoul, ...’.  Ce choix n’est pas idéal, faute de cohérence.

(14) mi-ome: c’èst mi-ome; po mi-ome /mj/ mais mi-y-ome mè l’ a dit car /mij/; idem pour: vos duvrîz vôy mi-y-ome fé l’ pwârî! /mij/; mi-n-ome est parfois péjoratif (= cet individu-là)mès-n-omes est toujours péjoratif.aussi: mi- âme: po mi-âme mais mi-y-âme sèrè dânéye; ti-y-âme èto; po l’ paîs di t’-y-âme.

cf aussi pour le CW: Dji travaye à mi-auje, l’OW: Dji travaye à m’-n-auje : Je travaille sans me presser (et plus loin à l’ouest: à m’n-aîse: m’n- semble se rapprocher de ‘mon’ en français)

(15) Cf OW: ci-n-ârmwêre-là (cette armoire-là)

(16) ‘dîs’ dans ce cas avec -s car on dit: dîs-èfants, dîs-omes (OW).

(17) Il serait cependant plus logique et systématique d’écrire: deûs mèyes, deûs miles, et trwès cints vint’-quate, ...

(18) Certains préconisent aussi d’écrire une minute après ‘toûbak’ car le -c de tabac est muet en français. (SLLW,1913,6).  Certains écrivent il èstîne; en CW: il èstin.n (certains ajoutent ‘ : il èstin.n’)

 

20:47 Écrit par justitia & veritas dans Général | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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